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    Deux avis qui devrait être écoutés

    Article publié le samedi 26 septembre 2009 par Hervé

    Frédéric Lordon : “Le cadre de la finance internationale doit être radicalement refondu”

    Télérama du 25 septembre 2009

    LE MONDE BOUGE - De plus en plus concentré, le système bancaire qui émerge de la crise est encore plus dangereux que le précédent, estime cet économiste pas comme les autres, qui explique dans la première partie de cette interview pourquoi il ne faut rien attendre du G20 de Pittsburgh. Pour Frédéric Lordon, l’unique solution passe par une refonte totale de tout le cadre de la finance internationale. La suite de l’interview, demain.

    […]

    La crise de 1929 avait conduit à une stricte séparation des banques de marché et des banques commerciales (c’est le Glass-Steagall Act) pour éviter que les déboires des premières ne contaminent les secondes et ne diffusent leurs effets dans toute l’économie réelle. Le drame de la politique, c’est que même les événements les plus cuisants sont à mémoire déclinante, aussi l’administration Clinton a-t-elle joyeusement abrogé cette disposition alors qu’elle offrait un remarquable pare-feu. Les grandes banques ont été laissées libres de devenir des « supermarchés de la finance » couvrant absolument tous les « métiers », à commencer par la gamme complète des activités de marché. En cas de gamelle, non seulement ces banques mettent en péril la masse de leurs dépôts mais transmettent le choc financier à l’économie réelle via le canal du crédit, resserré à mort pour rétablir au plus vite leur situation financière.

    Or, le processus de restructuration d’urgence qui s’est opéré à partir de l’automne 2008 a fait reprendre des banques à l’agonie par d’autres qui l’étaient un peu moins. Résultat, on a créé des mastodontes de la finance (à l’image de JP Morgan Chase/Bear-Stearns/Washington Mutual) encore plus « déspécialisés » qu’auparavant, véritables foyers de risque systémique (1) ambulants, et que leur taille gigantesque abonne dès maintenant au sauvetage public garanti lors du prochain accident. On peut difficilement faire plus catastrophique.

    […]

    Une des grandes raisons qui font obstacle à la transformation du système bancaire tient à l’incroyable confusion qui a mêlé élites financières et élites politiques. […] Lorsque le conseiller spécial et occulte de Nicolas Sarkozy pour la gestion de la crise financière s’appelle Michel Pébereau, président non exécutif de BNP Paribas, que pensez-vous de la probabilité d’une réforme radicale ? [et] c’est pire encore aux Etats-Unis !

    lire l’article complet


    André Comte-Sponville : Peut-on moraliser le capitalisme ?

    Entendu ce matin sur France24.

    Il faut bien qu’ils aillent ensemble, puisque nous sommes confrontés aux deux ! Le capitalisme n’est pas moral. Il ne fonctionne pas à la vertu et au désintéressement, mais à l’intérêt personnel, disons le mot : à l’égoïsme, qui est la principale force motrice de l’être humain. Il n’est pas non plus immoral, car chercher son intérêt n’est pas une faute. Il est donc amoral. Mais nous ne sommes pas le capitalisme : nous sommes des individus. C’est justement parce que le capitalisme n’a pas de morale que nous avons besoin d’en avoir une. Ne comptons pas sur le marché pour être moral à notre place !

    Rendre le capitalisme intrinsèquement moral, au sens où il serait soumis de l’intérieur à la vertu, est évidemment un vœu pieux. On ne peut agir que de l’extérieur, en lui fixant des limites. Entre la force de l’économie et la faiblesse de la morale, il n’y a guère que le droit et la politique qui nous permettent d’agir efficacement.

    Interdire le travail des enfants, fixer une durée maximale du travail ou imposer les libertés syndicales, c’est moraliser le capitalisme : cela fait plus d’un siècle qu’on s’en occupe ! Cela étant, à titre personnel, j’aurais envie de lui conseiller d’arrêter d’utiliser positivement le mot « volontarisme ». Faire preuve de volonté, c’est une vertu. Faire preuve de volontarisme, c’est une illusion : c’est demander à la volonté des choses qui ne dépendent pas d’elle. Nicolas Sarkozy affirmait durant sa campagne : « J’irai chercher la croissance avec les dents. » Mais ce n’est pas avec les dents que l’on fait de la croissance. Bacon disait : « On ne commande la nature qu’en lui obéissant. » Je dirais de même : on ne commande au marché qu’en lui obéissant. Il ne suffit pas de vouloir ! Il faut comprendre et agir.

    Le capitalisme est-il moral ?

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